Les inspecteurs d’académie critiquent la réforme de la formation

mardi 13 avril 2010 | 22:15

Généralement prompts à défendre et mettre en application les pseudo-réformes, les inspecteurs d’académie, par leur syndicat, critiquent aujourd’hui sévèrement la réforme de la formation des enseignants.

Il y a quelques mois, le député UMP Dominique Le Mèner reconnaissait que la mastérisation sert à détruire des postes d’enseignants et se traduira par une accentuation du sentiment de dévalorisation du métier.

Récemment, le syndicat des inspecteurs d’académie a écrit à notre ministre. Dans un courrier adressé à Luc Chatel et transmis à la presse vendredi 2 avril 2010, Robert Prosperini, secrétaire général du syndicat des inspecteurs d’académie (SIA), veut « alerter le ministre sur les conséquences » qu’il pressent « négatives » des « décisions prises actuellement quant à l’affectation, le service et les modalités de formation des futurs professeurs stagiaires ». Il demande en outre une audience à ce sujet.

Extraits du courrier (source dépêche AEF) :

Une entrée périlleuse dans un métier difficile

« Les IA-IPR, acteurs de la ’gestion de la ressource humaine et éducative’ dans les académies, expriment de très fortes réserves quant à la pertinence de mesures qui conduiraient à une entrée périlleuse dans un métier difficile pour de jeunes collègues sans expérience* ».

Le syndicat rappelle avoir déjà alerté le ministre par un courrier daté du 25 janvier 2010. Pour toute réponse, la DGRH du ministère leur « rappelle [par lettre du 26 mars 2010] uniquement les dispositions prises, dispositions que, comme inspecteurs d’académie, nous connaissons et sur lesquelles notre courrier précédent avait précisément pour objet de vous alerter ! »

Le secrétaire général insiste sur le « manque évident de considération à l’égard de cadres supérieurs de votre ministère et de leur niveau d’expertise ».

Une alternance régulière entre théorie et pratique est indispensable

Le SIA revient sur les éléments importants qu’il avait analysés :

  • l’affectation des lauréats du concours sur un poste à temps plein « rendra l’entrée dans le métier bien plus difficile qu’auparavant ». « Une alternance régulière entre théorie et pratique est indispensable pour acquérir les repères professionnels fondamentaux et pour les assimiler de façon durable. Sans cette alternance, la construction d’une base solide de compétences professionnelles sera incertaine et aléatoire, nuisant à la qualité de l’enseignement et à la sérénité professionnelle des jeunes enseignants et faisant courir, à terme, le risque d’une augmentation du nombre de professeurs en difficulté en cours de carrière ».
  • « Le remplacement des professeurs stagiaires pour leur permettre de suivre la formation engendrera une discontinuité des apprentissages pour les élèves. On ne peut à cet égard ignorer les difficultés de remplacements - certaines académies ont été conduites à solliciter des retraités – que ces dispositions auront pour conséquence d’aggraver et dont les élèves seront les premières victimes ! ».
  • « D’autre part, le gel des supports budgétaires utilisés pour affecter les professeurs stagiaires qui diminuera considérablement le nombre de postes vacants va à l’encontre de l’objectif affiché, que nous partageons, de faciliter la mobilité des fonctionnaires. Dès lors, on peut se demander à quoi serviront les ’cellules mobilité’ dans chaque académie qui ont pour mission de rechercher les moyens de générer cette mobilité. »

Une inégalité préjudiciable à la qualité de la formation

« Enfin l’absence d’harmonisation des dispositions prises dans les académies entraîne une inégalité préjudiciable à la qualité de la formation dont l’architecture doit répondre à un modèle national éprouvé ».

Le SIA se dit « conscient que ces dispositions ont pour but de diminuer la charge budgétaire de l’Éducation nationale pour alléger la dette publique » : « Nous y souscririons si elle n’avait pas d’impact sur la réussite scolaire des élèves et à terme sur leur insertion professionnelle. Finalement, pour des économies à effets immédiats nous engagerions un processus très coûteux pour l’avenir. Nous pensons donc que ce n’est pas sur la formation des enseignants que doit porter dans notre ministère la réforme destinée à optimiser les moyens de l’État. »

Il propose « que les professeurs stagiaires soient affectés sur un temps de service de 12/18e, le tiers restant (6/18e) étant dédié à leur formation en alternance » : « Cette modalité d’affectation est seule susceptible de garantir la continuité pédagogique due aux élèves et la qualité du service public d’éducation, d’apaiser les fortes tensions qui se manifestent de plus en plus dans les établissements scolaires et d’obtenir l’adhésion des professeurs tuteurs pressentis », conclut-il en demandant instamment un « *cadrage national prenant en compte son analyse et garantissant une égalité d’application sur l’ensemble du territoire national* »