Article des DNA du 9 avril 2009

jeudi 9 avril 2009 | 13:14

« Viens jouer au ministre de l’Education »

Ce n’est pas un syndicat, mais un collectif de citoyens, parents, enseignants, inquiets pour l’avenir du système scolaire. Le tout nouveau collectif Sept, « Sauvons l’école pour tous », s’est taillé un petit succès hier après-midi en organisant une kermesse place Kléber.

Mathieu s’applique pour écrire « école » à la craie, sur les dalles de la place Kléber. Avec son frère Thomas, il a dessiné par terre le lieu où ils passent au moins 24 heures par semaine. La mère des deux garçons, l’un en CM1, l’autre en grande section de maternelle, s’est arrêtée à la kermesse revendicative installée pour l’après-midi sur la place. Elle discute avec les organisateurs : un tout nouveau collectif intitulé Sept (Sauvons l’école pour tous). Des citoyens, parents, enseignants, amis des enfants, inquiets pour l’avenir de l’éducation (lire aussi l’encadré). « Je n’étais pas au courant, mais je trouve que c’est très bien... », approuve la maman d’élève.

« La politique actuelle veut transformer l’école en service marchand »

Un peu plus loin, Agathe, enseignante, offre du jus de fruits et des gâteaux avec Minna, maman d’élève, et Elsa, qui cumule les casquettes. «  L’idée de notre collectif, c’est de sortir des catégories, de rassembler toutes les personnes qui sont autour de l’école », explique-t-elle. La formule de la kermesse permet d’attirer la sympathie de nombreux passants. Un chamboule-tout propose notamment : « Viens jouer au ministre de l’Education ». Il s’agit de démolir une école en carton, composée de boîtes comme « gratuité », « Rased » (*), « égalité »... Autant de piliers de l’école « publique, gratuite, laïque, égalitaire et émancipatrice » dont le collectif Sept estime, dans un manifeste, qu’ils sont menacés. « On a l’impression que toutes les mesures prises vont complètement à l’encontre de ces valeurs », estime Jean-Paul Walter, directeur d’école.

Pour lui et ses amis du collectif, « la politique actuelle veut transformer l’école en service marchand ». La liste des griefs est longue : suppressions massives de postes, suppressions des Rased, réductions brutales des moyens pour les associations complémentaires de l’école, renforcement d’une « culture de l’évaluation, qui stigmatise les élèves les plus en difficulté ». Ce n’est pas fini : les petite et moyenne section de maternelle sont menacées par les jardins d’éveils payants dont les premiers pourraient ouvrir dès la rentrée prochaine ; les nouveaux rythmes depuis la suppression du samedi matin incluent une pression continuelle sur les enfants ; la suppression de l’IUFM (**) remet en cause la formation des professeurs des écoles. Enfin, pour le collectif, la création des Epep (***), dont il voit des prémices à Strasbourg avec des regroupements d’écoles « fera disparaître définitivement la carte scolaire » et apportera progressivement « la mise en concurrence des écoles et leur privatisation ». Autant de sujets dont les Strasbourgeois peuvent venir discuter mardi prochain lors d’une réunion publique.

Charlotte Dorn (*) Rased : Réseaux d’aides spécialisées aux enfants en difficulté. (**) IUFM : Institut de formation des maîtres. (***) Epep : Établissements publics d’enseignement primaire.Mardi 14 avril. A 20 h, à la maison des associations, place des Orphelins à la Krutenau, réunion publique organisée par le collectif Sept sur le thème « École en danger »